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La thérapie somatique : ce que c’est vraiment

Deux fauteuils en bois clair garnis de lin crème se font face, à distance de conversation, dans une pièce vide au plancher de chêne. Une couverture de laine vert forêt est jetée sur le dossier du fauteuil de gauche. Au fond, un mur vert émeraude, un vase de céramique doré posé au sol et une haute fenêtre à petits carreaux ouvrant sur un feuillage clair ; la lumière du matin dessine une longue bande sur le plancher. Aucune personne n'est présente dans la pièce.
septembre 2026

La méthode & le livre

Par Alexandra Pouget, fondatrice d’Ombodhi et auteure de L’homme qui respirait sous l’eau · Lecture ~9 min · Québec

L’expression revient partout : thérapie somatique, approche corporelle, travail par le corps. Elle désigne parfois une pratique encadrée, parfois un atelier de fin de semaine, parfois rien de précis du tout. Comme le mot circule sans définition stable, beaucoup de gens s’engagent sans savoir ce qu’ils achètent, ni auprès de qui.

Ce texte pose trois choses, dans cet ordre. Ce que recouvre réellement l’expression et d’où elle vient. Ce que la recherche établit, et ce qu’elle n’établit pas encore. Et ce que le mot « thérapie » engage juridiquement au Québec, parce que c’est là que la plupart des malentendus commencent. À la fin, je dis où se situe Ombodhi, et pourquoi ce n’est pas une thérapie somatique.

Qu’est-ce que la thérapie somatique ?

Soma veut dire le corps, en grec, le corps vécu de l’intérieur plutôt que le corps observé du dehors. Une approche dite somatique part donc de la sensation physique plutôt que du récit. Non pas « racontez-moi ce qui s’est passé », mais « qu’est-ce qui se serre, se ferme, s’accélère, en ce moment, pendant que vous en parlez ».

Le pari est simple à énoncer. Une tension durable ne vit pas seulement dans les idées que l’on se fait ; elle s’installe dans la respiration, dans la posture, dans le tonus, dans la digestion. Une personne peut avoir parfaitement compris ce qui l’épuise et continuer à sursauter au moindre bruit. Comprendre et se réguler ne sont pas la même opération.

Concrètement, les approches somatiques travaillent avec quelques appuis récurrents : l’attention portée aux sensations internes, le ralentissement volontaire, le mouvement, le souffle, l’alternance entre ce qui est difficile et ce qui est ressource. On avance par petites doses plutôt qu’en revisitant frontalement le pire. C’est l’inverse d’une approche qui chercherait à tout revivre pour tout dénouer.

Il faut ajouter une nuance tout de suite, parce qu’elle est décisive pour comprendre le reste : « thérapie somatique » n’est pas une méthode unique. C’est une famille. Des protocoles précis y voisinent avec des pratiques de mieux-être sans cadre, et l’étiquette ne dit pas laquelle vous avez devant vous.

D’où ça vient, et ce que dit vraiment la recherche

Quelques repères

La branche la plus documentée est la Somatic Experiencing, développée par Peter Levine. Elle traite les symptômes post-traumatiques en modifiant les sensations intéroceptives et proprioceptives associées à l’expérience, plutôt qu’en réexposant la personne au récit.3 D’autres approches, comme la psychothérapie sensorimotrice, ont suivi une trajectoire voisine.

Le cadre explicatif le plus souvent invoqué est la théorie polyvagale de Stephen Porges, qui propose que le sentiment de sécurité émerge de l’intérieur du corps et se trouve régulé par le système nerveux autonome.1 C’est de là que vient le vocabulaire commun à ces approches : sécurité, mobilisation, figement, nerf vague, co-régulation.

Ce que montrent les études

Il existe un essai contrôlé randomisé, publié en 2017 dans le Journal of Traumatic Stress par l’équipe de Danny Brom. Soixante-trois personnes répondant aux critères complets du trouble de stress post-traumatique ont été réparties entre un groupe recevant quinze séances hebdomadaires de Somatic Experiencing et un groupe en liste d’attente. Les auteurs rapportent des effets significatifs sur la sévérité des symptômes post-traumatiques et sur la dépression.4

La revue de littérature la plus large à ce jour est celle de Marie Kuhfuß, Tobias Maldei, Andreas Hetmanek et Nicola Baumann, parue en 2021 dans l’European Journal of Psychotraumatology. Sur 83 articles repérés, 16 répondaient aux critères d’inclusion. Leur conclusion mérite d’être citée telle quelle plutôt que résumée dans un sens ou dans l’autre : les résultats sont prometteurs, mais la qualité méthodologique d’ensemble est mitigée, et les auteurs réclament davantage d’essais contrôlés randomisés non biaisés.2

16 études
retenues sur 83 articles repérés, dans la seule revue de littérature d’ensemble consacrée à la Somatic Experiencing. Conclusion des auteurs : des résultats prometteurs, une qualité d’études mitigée, un besoin d’essais contrôlés randomisés supplémentaires. Source : Kuhfuß et coll., European Journal of Psychotraumatology, 2021.2

Voilà l’état honnête du dossier. Ni « c’est prouvé », ni « ça ne vaut rien ». Un champ jeune, des signaux encourageants, un socle de preuves encore mince. Quiconque vous promet mieux que cela vous vend autre chose que de la rigueur.

Au Québec, « thérapie » n’est pas un mot libre

C’est le point que presque personne ne pose, et c’est pourtant celui qui protège le public. Au Québec, la psychothérapie est encadrée par le Code des professions. Son article 187.1 la définit comme « un traitement psychologique pour un trouble mental, pour des perturbations comportementales ou pour tout autre problème entraînant une souffrance ou une détresse psychologique qui a pour but de favoriser chez le client des changements significatifs dans son fonctionnement cognitif, émotionnel ou comportemental, dans son système interpersonnel, dans sa personnalité ou dans son état de santé ».5

Exercer la psychothérapie suppose un permis : permis de psychologue, permis de médecin, ou permis de psychothérapeute délivré par l’Ordre des psychologues du Québec.6 Ce permis est également accessible à des membres d’autres ordres professionnels, notamment en travail social, en sexologie, en ergothérapie, en counseling d’orientation, en psychoéducation et en sciences infirmières.5

L’Ordre des psychologues précise par ailleurs quelles interventions ressemblent à de la psychothérapie sans en être : la rencontre d’accompagnement, l’intervention de soutien, l’éducation psychologique, la réadaptation, le suivi clinique, l’intervention de crise, et le coaching.6 Cette liste n’est pas un détail administratif. Elle trace une frontière utile entre traiter un trouble et accompagner une traversée.

Conséquence pratique pour vous : l’étiquette « thérapie somatique » ne dit rien du statut de la personne en face. Elle peut recouvrir un acte encadré, posé par une professionnelle détentrice d’un permis, comme une pratique de mieux-être qui n’en relève pas. Les deux peuvent avoir leur place. Ce sont deux choses différentes, et vous avez le droit de savoir laquelle vous est proposée.

Un mot sur la santé. Ce texte parle de mieux-être et de régulation, pas de soin médical. Ombodhi n’est ni une thérapie, ni un service de santé, et rien ici ne remplace un avis professionnel. Si vous traversez une détresse importante, parlez-en à un professionnel de la santé. Au Québec, Info-Social 811 offre une écoute psychosociale en tout temps, et la ligne 9-8-8 (appel ou texto) répond 24 h sur 24 en cas de crise suicidaire. En cas d’urgence immédiate, composez le 9-1-1.

Ce qu’Ombodhi fait de différent

Ombodhi n’est pas une thérapie somatique. La distinction n’est pas cosmétique, elle est structurelle, et je préfère la poser clairement plutôt que de laisser l’ambiguïté travailler pour moi. Ce que je pratique s’appelle le mentorat neurosomatique : ni thérapie, ni coaching, ni formation.

On ne part pas du récit, on part de l’état

Une thérapie traite un trouble. Un coaching travaille la pensée, les objectifs, les comportements. Le mentorat neurosomatique s’occupe de ce qui vient avant : l’état dans lequel la pensée se forme. Une personne en hypervigilance ne décide pas mal parce qu’elle raisonne mal ; elle décide depuis un système nerveux qui interprète en permanence des signaux de danger. Travailler la décision sans travailler l’état, c’est corriger l’écriture sans changer l’encre.

Un circuit, pas une séance

Un comportement ancré dans le corps demande de la répétition pour devenir un circuit stable. C’est pourquoi ce travail se déploie dans la durée, par seuils, plutôt qu’en interventions isolées. La formation s’oublie ; le circuit consolidé, lui, tient. C’est aussi ce qui sépare une pratique somatique ponctuelle d’un parcours structuré : on ne cherche pas l’effet d’une séance, on cherche à élargir la fenêtre de tolérance dans laquelle vous restez disponible sous pression.

Le public à qui je m’adresse

Des personnes brillantes, loyales, performantes, qui ne viennent pas parce qu’elles vont mal au sens clinique, mais parce qu’elles ne se sentent plus vivantes dans une vie qu’elles ont pourtant réussie. « Il n’est pas en train de perdre sa performance. Il est en train de perdre sa présence », écrit le livre. Ce n’est pas un diagnostic. C’est un seuil.

« Je ne suis pas là pour vous réparer. Je tiens l’espace pour que l’autre se répare de l’intérieur. »
Alexandra Pouget, L’homme qui respirait sous l’eau

Cette phrase dit toute la différence. Réparer suppose une panne et un technicien. Tenir l’espace suppose une personne entière et un cadre assez sûr pour qu’elle retrouve son axe. C’est une facilitation, pas un traitement. Et c’est aussi pourquoi j’oriente vers un professionnel de la santé quand ce qui se présente relève de son domaine, sans chercher à élargir le mien.

Cinq questions à poser avant de vous engager

Quelle que soit la pratique que vous envisagez, somatique ou non, ces cinq questions valent mieux qu’une page de témoignages. Une personne sérieuse y répondra sans se froisser.

  1. Est-ce de la psychothérapie, oui ou non ? Si oui : quel permis, quel ordre professionnel, quel numéro. Si non, la personne doit pouvoir le dire aussi nettement.
  2. Qu’est-ce qui est promis exactement ? Une promesse de guérison, de déblocage garanti ou de résultat en un nombre fixe de séances est un signal d’alarme, pas un argument.
  3. Que se passe-t-il si ça remue trop ? Une pratique corporelle peut réveiller des choses. Demandez le protocole prévu, et vers qui l’on vous oriente le cas échéant.
  4. Y a-t-il du toucher, et sur quel consentement ? Le toucher fait partie de certaines approches. Sa place, ses limites et votre droit de refuser se posent avant, pas pendant.
  5. Sur quoi s’appuie l’approche ? Vous avez le droit de demander les sources, et d’entendre honnêtement où les preuves s’arrêtent.

Ce que ce travail ne fera pas

Il ne traitera pas un trouble mental : c’est le domaine de la psychothérapie et de la médecine, et c’est très bien ainsi. Il ne remplacera pas un suivi en cours, ni une médication. Il ne produira pas de bascule en une rencontre. Et il ne conviendra pas à tout le monde : certaines personnes ont besoin d’un cadre clinique, d’autres d’un temps de stabilisation avant tout travail corporel.

Ce qu’il peut faire, en revanche, est plus modeste et plus durable. Rendre lisibles les signaux que votre corps envoie depuis des années. Vous redonner la capacité de sortir du mode survie autrement que par la volonté. Et déplacer le point de départ : cesser de tenir par tension pour tenir par cohérence incarnée. Vous n’avez pas besoin d’être plus fort. Vous avez besoin d’être régulé.

Questions fréquentes

La thérapie somatique, c’est quoi en une phrase ?

C’est une famille d’approches qui travaillent à partir des sensations corporelles plutôt que du récit, en partant du principe qu’une tension durable s’inscrit dans le souffle, la posture et le tonus, et pas seulement dans les pensées.

La thérapie somatique est-elle scientifiquement prouvée ?

Partiellement. Un essai contrôlé randomisé publié en 2017 rapporte des effets significatifs de la Somatic Experiencing sur les symptômes post-traumatiques et la dépression. La revue de littérature de 2021, qui a retenu 16 études sur 83 articles repérés, juge les résultats prometteurs mais la qualité d’ensemble mitigée, et réclame davantage d’essais contrôlés randomisés.

Faut-il un permis pour pratiquer la thérapie somatique au Québec ?

Cela dépend de ce qui est réellement offert. La psychothérapie, définie à l’article 187.1 du Code des professions, exige un permis de psychologue, de médecin ou de psychothérapeute. Une pratique de mieux-être qui ne traite pas un trouble n’entre pas dans ce cadre. Demandez toujours à la personne de préciser dans quelle catégorie elle se situe.

Le mentorat neurosomatique d’Ombodhi est-il une thérapie somatique ?

Non. C’est un accompagnement de mieux-être, ni thérapie, ni coaching, ni formation. Il ne traite aucun trouble et ne remplace aucun suivi de santé. Il travaille la régulation du système nerveux et la qualité de présence, dans la durée.

Par où commencer si le sujet me parle ?

Par la lecture, le plus souvent. Le livre L’homme qui respirait sous l’eau est la porte d’entrée la plus douce dans cette approche. Un premier échange, sans engagement, permet ensuite de voir si le cadre vous convient.


Pour aller plus loin

Sources

  1. Porges S.W. (2022). « Polyvagal Theory: A Science of Safety ». Frontiers in Integrative Neuroscience, vol. 16. Consulter
  2. Kuhfuß M., Maldei T., Hetmanek A., Baumann N. (2021). « Somatic experiencing: effectiveness and key factors of a body-oriented trauma therapy: a scoping literature review ». European Journal of Psychotraumatology, vol. 12. 83 articles repérés, 16 inclus ; qualité d’ensemble jugée mitigée. Consulter
  3. Levine P.A., fondateur de la Somatic Experiencing, dont le cadre est décrit et analysé dans la revue de Kuhfuß et coll. (2021) citée ci-dessus. Consulter
  4. Brom D., Stokar Y., Lawi C., Nuriel-Porat V., Ziv Y., Lerner K., Ross G. (2017). « Somatic Experiencing for Posttraumatic Stress Disorder: A Randomized Controlled Outcome Study ». Journal of Traumatic Stress, 30(3), 304-312. 63 participants, 15 séances hebdomadaires. Consulter
  5. Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec (OTSTCFQ). « Le projet de loi 21 » : définition de la psychothérapie reproduite de l’article 187.1 du Code des professions, et liste des professionnels autorisés à l’exercer. Consulter
  6. Ordre des psychologues du Québec (OPQ). « Qu’est-ce que la psychothérapie ? » : permis requis, et interventions qui s’approchent de la psychothérapie sans en être, dont le coaching. Consulter
AP

Alexandra Pouget

Mentor, facilitatrice et fondatrice d’Ombodhi, à Sainte-Agathe-des-Monts (Québec). Autrice de L’homme qui respirait sous l’eau (260 pages, novembre 2025), elle accompagne depuis plus de 20 ans les personnes brillantes qui réussissent sans se sentir vivantes à retrouver leur axe intérieur. Sa méthode neurosomatique tisse la théorie polyvagale, la psychologie du Moi-peau, les archétypes de Jung et la tradition du souffle Ki no Renma dans une approche incarnée, ni coaching, ni thérapie.

Savoir où vous mettez les pieds

Si cette clarification vous a été utile, la suite se lit plutôt qu’elle ne se vend. L’homme qui respirait sous l’eau reste l’entrée la plus douce dans cette approche. Et si vous vous demandez si le mentorat neurosomatique correspond à ce que vous cherchez, un premier échange, sans engagement, suffit souvent à le savoir.

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