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Combat, fuite, figement : les 3 réponses au stress

Un homme descend un large escalier de pierre, vu de trois-quarts, le visage tourné vers la lumière d'une haute fenêtre, un pied encore sur la marche du dessus.
septembre 2026

Par Alexandra Pouget, fondatrice d’Ombodhi et autrice de L’homme qui respirait sous l’eau · Lecture ~8 min · Québec

Vous connaissez la formule : face au danger, on se bat ou on s’enfuit. Elle est juste, et incomplète. Il existe une troisième réponse, celle que personne ne remarque parce qu’elle ne fait pas de bruit : le figement. C’est souvent elle qui explique pourquoi une personne parfaitement compétente reste sans voix dans la réunion qui comptait.

Ces trois réponses ne sont ni des traits de caractère, ni des choix, mais des réactions automatiques, déclenchées par un système nerveux qui a évalué la situation bien avant la pensée.

Les trois réponses au stress, en bref

La réponse de combat mobilise le corps pour affronter : le cœur accélère, l’énergie monte, la voix se durcit. La réponse de fuite mobilise la même énergie, mais vers la sortie : agitation, envie de partir, incapacité à rester assis. Toutes deux appartiennent à la branche du système nerveux qui accélère.

Le figement obéit à une autre logique. Le corps reste chargé, prêt à agir, mais le mouvement est bloqué. Rien ne sort. C’est un frein posé sur un moteur qui tourne encore, et ce n’est ni du calme, ni de la lâcheté, ni un manque de volonté.

D’où vient le « combat ou fuite »

La formule a une origine précise. En 1915, le physiologiste américain Walter B. Cannon publie Bodily Changes in Pain, Hunger, Fear and Rage, où il décrit comment l’excitation émotionnelle prépare l’organisme à se battre ou à s’enfuir : adrénaline, sang redirigé vers les muscles, digestion suspendue.1 Un siècle plus tard, la description tient toujours.

La physiologie contemporaine décrit deux voies aux rythmes différents : la voie sympathique s’active dès le début de l’épisode et libère adrénaline et noradrénaline ; l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien produit ensuite le cortisol.2 Le décalage se mesure : après un stress social, la réponse de ce second axe culmine environ vingt minutes après la fin de l’épisode.8 D’où le fait qu’une contrariété de trois minutes ne se referme pas avec elle : la première voie a refermé son dossier, la seconde travaille encore. Cette mécanique est détaillée dans notre article sur le système nerveux autonome.

Le combat : l’énergie qui pousse vers l’avant

Au bureau, le combat prend rarement la forme d’un poing sur la table. La mâchoire se serre, le débit s’accélère, la réplique part avant la réflexion. On coupe la parole. On défend un point qui n’avait pas besoin de l’être. On envoie le courriel à 23 h 40 en croyant régler une question, alors qu’on décharge une tension.

Le combat n’est pas une faute morale : c’est une énergie orientée vers l’obstacle, utile pour trancher, poser une limite, protéger quelqu’un. Elle devient coûteuse quand elle s’active dix fois par jour sans danger réel, et que l’entourage apprend à marcher sur des œufs.

La fuite : l’énergie qui pousse vers la sortie

La fuite se déguise bien. Elle porte souvent des vêtements respectables : la réorganisation du fichier plutôt que la conversation difficile, le calendrier saturé qui rend impossible tout moment sans tâche. Physiologiquement, c’est la même charge que le combat ; la différence tient à la direction : on ne va pas vers, on s’éloigne de.

Chez les personnes très performantes, elle passe d’autant plus inaperçue qu’elle est productive : elle produit des livrables, et une fatigue que le repos ne répare pas, parce que le corps n’a jamais eu l’occasion de terminer ce qu’il avait commencé.

Le figement : un frein, pas une panne

Le figement est la réponse la plus mal comprise, y compris par celles et ceux qui la vivent. La neuroscientifique Karin Roelofs en a proposé une lecture précise : le freezing est une inhibition du comportement accompagnée d’un ralentissement du rythme cardiaque à dominante parasympathique, là où le combat et la fuite s’accompagnent d’une accélération d’origine sympathique.3 Elle insiste sur un point qui change tout : le figement n’est pas un état passif, mais un frein parasympathique posé sur le système moteur, un état de préparation à la perception et à l’action.3

Autrement dit, la personne figée n’est pas éteinte : elle est en pleine activité intérieure, immobilisée. Le corps a jugé que ni l’affrontement ni la sortie n’étaient jouables.

Ce que cela donne, concrètement. Le blanc au moment de prendre la parole. Le « je n’ai rien dit » alors qu’on avait l’argument. La sensation d’être là sans être là. Le corps ne refuse pas de collaborer : il applique un frein que la volonté n’atteint pas.

Trois réponses, ou six ? La cascade de défense

Le trio combat, fuite, figement est un raccourci utile ; la recherche clinique décrit un éventail plus large. Dans une revue publiée en 2015 dans la Harvard Review of Psychiatry, l’équipe de Kasia Kozlowska propose la notion de cascade de défense : une suite de réponses innées, hiérarchisées, qui s’enchaînent selon que la menace paraît gérable ou sans issue.4

D’après Kozlowska K., Walker P., McLean L. et Carrive P., « Fear and the Defense Cascade », Harvard Review of Psychiatry, 2015.
Étape Ce qui se passe
Éveil Le corps s’active et cherche l’information
Combat ou fuite Défense active, face à une menace jugée gérable
Figement Une réponse de combat ou de fuite mise en attente
Immobilité tonique Dernier recours, quand la défense active a échoué
Immobilité avec effondrement Même logique, avec perte de tonus
Immobilité de quiescence État de calme qui favorise le repos et la guérison

La formulation des auteurs mérite d’être retenue telle quelle : le figement est une réponse de combat ou de fuite mise en attente.4 Non un manque d’énergie, mais une énergie sans sortie praticable.

Ces mêmes auteurs relèvent une différence entre l’animal et l’humain : l’animal retrouve généralement son fonctionnement habituel une fois le danger passé, alors que l’humain peut rester enfermé dans le même schéma, longtemps après.4 C’est exactement ce que je rencontre en accompagnement.

Un mot sur la santé. Ce texte parle de compréhension du corps et de mieux-être, pas de soin médical. Ombodhi n’est ni une thérapie, ni du coaching, ni une formation, et rien de ce qui est écrit ici ne remplace un avis professionnel. Si vous traversez une détresse importante, parlez-en à un médecin ou à un professionnel de la santé. Au Québec, Info-Social 811 offre une écoute psychosociale gratuite, la ligne 9-8-8 répond en cas de crise ou de pensées suicidaires (appel ou texto, 24 h sur 24), et le 9-1-1 reste la ressource en cas d’urgence immédiate.

Pourquoi votre corps choisit sans vous

Reste une question : qui décide ? Le neuroscientifique Stephen Porges propose que l’évaluation neurale du risque et de la sécurité déclenche des changements d’état du système nerveux de façon réflexe, sans exiger la conscience.5 Il nomme ce processus la neuroception, et le cadre complet est présenté dans notre article sur la théorie polyvagale.

Entre le moment où votre système nerveux tranche et celui où vous comprenez, il y a donc un décalage. Vous ne choisissez pas votre réponse : vous la découvrez, quelques secondes trop tard, parfois le soir même, en repassant la scène en boucle.

La bonne nouvelle est ailleurs. Karin Roelofs souligne que la capacité à passer souplement du figement à une défense active repose sur les connexions entre cortex frontal et amygdale.3 Ce qui distingue un système en santé n’est donc pas l’absence de réponse de stress, mais la souplesse du passage d’un état à l’autre. Elle se travaille.

Ce que cela donne dans une organisation

Trois personnes autour d’une table, trois réponses au même moment de tension. L’une monte le ton. L’autre regarde son écran et repart dans ses courriels. La troisième se tait, et donnera son avis, très juste, dans le corridor, vingt minutes après la fin.

L’échelle du phénomène est documentée : à partir de l’Enquête québécoise sur la santé de la population 2014-2015, l’Institut national de santé publique du Québec établit que 17 % des personnes en emploi présentent un niveau élevé de détresse psychologique liée au travail, soit plus de 650 000 personnes.6 Derrière ce chiffre, des réponses de défense qui ne se referment plus.

Un dirigeant en mode combat produit une équipe qui anticipe l’orage ; en fuite chronique, une équipe qui n’obtient jamais de décision ; figé, une équipe qui invente ses propres règles. Le signal du leader n’est pas un discours : c’est un état. Quand il reste en alerte trop longtemps, on entre dans le registre de l’hypervigilance.

Répondre à sa réponse

On ne supprime pas ces trois réactions, et ce serait une mauvaise idée de le vouloir : elles nous ont gardés en vie. Ce qui se travaille, c’est le retour, et il ne se joue pas au même endroit selon l’état.

Quand ça pousse vers l’avant ou vers la sortie

Le corps a préparé une action qui n’a pas eu lieu. Il faut lui en donner une fin : marcher réellement, monter un escalier, bouger avant de répondre. Ralentir le souffle vient ensuite. L’équipe de Xiao Ma a suivi 40 adultes en santé sur 20 séances réparties en 8 semaines : le groupe entraîné à la respiration diaphragmatique a montré une baisse significative du cortisol salivaire, une meilleure attention soutenue et une réduction de l’affect négatif.7 Notre article sur la respiration diaphragmatique détaille la pratique.

Quand rien ne sort

Le figement demande l’ordre inverse : chercher le grand calme sur un corps déjà freiné produit surtout de la frustration. Dans ma pratique, ce qui remet du mouvement tient à de très petites choses : sentir ses appuis au sol, tourner lentement la tête, bouger les doigts, entendre sa propre voix sur une phrase banale. On rend au corps l’accès au mouvement avant de lui demander le repos.

La présence d’un autre

Le système nerveux se régule rarement seul. Une présence stable, une écoute qui ne juge pas : des signaux de sécurité que le corps reçoit bien avant la conclusion de la conversation. C’est la fonction que Stephen Porges attribue aux circuits de sécurité, ceux qui neutralisent les stratégies de défense.5

Un état régulé ne s’obtient pas en une séance : il se construit par la répétition. C’est le sens du travail de régulation du système nerveux : il ne se lit pas, il se pratique.

« Je ne suis pas là pour vous réparer. Je tiens l’espace pour que l’autre se répare de l’intérieur. »
Alexandra Pouget, L’homme qui respirait sous l’eau

Reconnaître laquelle des trois réponses vous habite ne règle rien à soi seul. Mais cela déplace la question : ce n’est plus « qu’est-ce qui ne va pas chez moi », c’est « qu’est-ce que mon corps a cru devoir faire ». Vous n’avez pas besoin d’être plus fort. Vous avez besoin d’être régulé.

Questions fréquentes

Quelles sont les 3 réponses au stress ?

Le combat, la fuite et le figement. Les deux premières sont des formes de mobilisation portées par le système nerveux sympathique : le corps s’active pour affronter ou pour s’éloigner. Le figement est une inhibition du mouvement accompagnée d’un ralentissement cardiaque à dominante parasympathique, alors que la charge intérieure, elle, reste présente.

Qu’est-ce que la réponse de combat ou fuite ?

C’est la réaction automatique décrite par le physiologiste Walter Cannon en 1915 : face à une situation perçue comme menaçante, l’organisme libère de l’adrénaline, accélère le cœur, envoie le sang vers les muscles et met la digestion en pause. Une seconde voie, plus lente, produit ensuite du cortisol, dont la réponse culmine une vingtaine de minutes après la fin de l’épisode.

Le figement est-il une faiblesse ?

Non. Les travaux de Karin Roelofs décrivent le figement comme un frein parasympathique posé sur le système moteur, pas comme un état passif : le corps reste prêt à agir, mais le mouvement est retenu, parce que ni l’affrontement ni la fuite n’ont paru praticables. Cela ne se corrige pas par la volonté.

Comment sortir d’un état de figement ?

En redonnant au corps l’accès au mouvement avant de chercher le calme : sentir ses appuis, tourner la tête, bouger les mains, marcher. La respiration lente vient ensuite. Ce sont des pratiques de mieux-être : en cas d’états de figement fréquents ou liés à un traumatisme, un professionnel de la santé reste la bonne ressource.


Pour aller plus loin

Sources

  1. Cannon W.B. (1915). Bodily Changes in Pain, Hunger, Fear and Rage: An Account of Recent Researches into the Function of Emotional Excitement, New York, D. Appleton and Company. Consulter
  2. Chu B., Marwaha K., Sanvictores T., Awosika A.O., Ayers D. « Physiology, Stress Reaction ». StatPearls, StatPearls Publishing / NCBI Bookshelf, mise à jour du 7 mai 2024. Consulter
  3. Roelofs K. (2017). « Freeze for action: neurobiological mechanisms in animal and human freezing ». Philosophical Transactions of the Royal Society B, vol. 372, n° 1718. Consulter
  4. Kozlowska K., Walker P., McLean L., Carrive P. (2015). « Fear and the Defense Cascade: Clinical Implications and Management ». Harvard Review of Psychiatry, vol. 23, n° 4. Consulter
  5. Porges S.W. (2022). « Polyvagal Theory: A Science of Safety ». Frontiers in Integrative Neuroscience. Consulter
  6. Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). « Les déterminants de la détresse psychologique élevée liée au travail : résultats de l’Enquête québécoise sur la santé de la population, 2014-2015 », publication n° 3246. Consulter
  7. Ma X., Yue Z.-Q., Gong Z.-Q. et coll. (2017). « The Effect of Diaphragmatic Breathing on Attention, Negative Affect and Stress in Healthy Adults ». Frontiers in Psychology, vol. 8. Consulter
  8. Becker L., Rohleder N. (2019). « Time course of the physiological stress response to an acute stressor and its associations with the primacy and recency effect of the serial position curve ». PLoS ONE, vol. 14, n° 5, e0213883. Consulter
AP

Alexandra Pouget

Mentor, facilitatrice et fondatrice d’Ombodhi, à Sainte-Agathe-des-Monts (Québec). Autrice de L’homme qui respirait sous l’eau (260 pages, novembre 2025), elle accompagne depuis plus de 20 ans les personnes brillantes qui réussissent sans se sentir vivantes à retrouver leur axe intérieur. Sa méthode neurosomatique tisse la théorie polyvagale, la psychologie du Moi-peau, les archétypes de Jung et la tradition du souffle Ki no Renma dans une approche incarnée, ni coaching, ni thérapie.

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