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Santé mentale au travail : de quoi parle-t-on vraiment

Cadre serein prenant un moment de calme près d'une fenêtre lumineuse dans un bureau chaleureux, illustrant la santé mentale au travail.
août 2026
Conformité RPS · Loi 27

L’expression est partout, et c’est précisément ce qui la rend floue. Entre le bien-être qu’on offre en surface et le risque qu’on doit prévenir à la racine, il y a un monde — et depuis le 1er octobre 2025, c’est aussi une frontière légale. Voici les repères, vérifiés à la source.

« Il faut prendre soin de la santé mentale au travail. » La phrase circule dans les conseils d’administration, les infolettres RH et les campagnes internes. Peu de dirigeants oseraient la contredire. Mais posez la question simple — de quoi parle-t-on, exactement ? — et les réponses se dispersent : pour l’un, c’est le programme d’aide aux employés ; pour l’autre, la semaine du mieux-être ; pour un troisième, le fait qu’on « n’a pas eu de cas grave cette année ». Trois réponses, trois objets différents.

Cette confusion n’est pas anodine. Depuis l’entrée en vigueur du régime permanent de la Loi 27, la santé mentale au travail n’est plus seulement un enjeu de culture : c’est une obligation de prévention encadrée par la CNESST. Et l’écart entre offrir du mieux-être et prévenir un risque à sa source est exactement ce que cet article veut clarifier — parce que confondre les deux expose une organisation, ses gens et son dirigeant.

À noter : ce texte a une visée informative. Il ne remplace ni un avis juridique adapté à votre situation, ni un accompagnement de santé. Pour l’interprétation d’une obligation précise, consultez la CNESST ou un conseiller juridique.

D’abord une définition : la santé mentale n’est pas l’absence de maladie

Ce que dit l’Organisation mondiale de la Santé

L’OMS définit la santé mentale comme « un état de bien-être qui permet d’affronter le stress de la vie, de s’épanouir, d’apprendre, de travailler et de contribuer à la vie de la communauté ». La formulation compte : la santé mentale y est décrite comme une réalité positive, un fonctionnement, et non comme la simple absence de trouble. On peut ne souffrir d’aucun diagnostic et fonctionner mal ; on peut composer avec une fragilité et rester profondément capable.

Transposée au travail, cette nuance a une conséquence directe : mesurer la santé mentale d’une organisation à son nombre d’« arrêts pour raison psychologique » revient à ne regarder que la pointe visible. L’essentiel se joue en amont, dans la capacité quotidienne des personnes à penser clair, à décider et à rester présentes sous charge.

Au travail, ce n’est pas qu’une affaire individuelle

La tentation classique est de traiter la santé mentale comme une propriété privée du salarié : sa résilience, son hygiène de vie, sa gestion du stress. C’est une part de l’histoire, jamais la totalité. L’OMS rappelle que le travail lui-même comporte des facteurs de risque — charge ou rythme excessifs, horaires rigides incompatibles avec la vie hors travail, insécurité d’emploi, harcèlement ou violence. Autrement dit, l’organisation du travail produit de la santé mentale, en bien comme en mal. C’est ce déplacement du regard — de l’individu vers le système — qui fonde tout le cadre québécois.

Ce que le droit québécois en dit désormais

Au Québec, la santé mentale au travail est sortie du registre de la bonne volonté pour entrer dans celui de l’obligation. Trois textes convergents en fixent le socle, et ils étaient là bien avant la Loi 27.

L’article 51 de la LSST : santé « physique ET psychique »

L’article 51 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST) impose à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité et l’intégrité physique et psychique du travailleur. Le mot « psychique » n’est pas décoratif : il fonde l’obligation de tenir compte des contraintes psychosociales dans l’identification et le contrôle des dangers. Cette obligation est renforcée par la Charte des droits et libertés de la personne (article 46 : des conditions de travail respectant la santé, la sécurité et l’intégrité psychologique) et par le Code civil du Québec (article 2087 : l’employeur protège la santé, la sécurité et la dignité du salarié).

La Loi 27 : d’une intention à une obligation opposable

La « Loi 27 » désigne la Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail (LMRSST), sanctionnée en octobre 2021. Ce qui la rend concrète pour les employeurs, c’est l’entrée en vigueur, le 1er octobre 2025, du Règlement sur les mécanismes de prévention et de participation en établissement. Depuis cette date, prévenir les risques psychosociaux n’est plus une pratique exemplaire : c’est une obligation, au même titre que la prévention des dangers physiques, chimiques ou ergonomiques. J’ai détaillé les seuils d’effectifs, les échéances et les mécanismes dans un article dédié : Loi 27 au Québec — ce que tout dirigeant doit savoir sur les RPS.

Le cœur du malentendu : mieux-être n’est pas prévention des RPS

Voici la distinction que la plupart des organisations n’ont jamais posée noir sur blanc — et qui coûte cher quand elle manque.

Deux logiques qu’on confond

La promotion du mieux-être agit sur les personnes : elle leur donne des ressources pour composer avec la charge — programme d’aide, ateliers de gestion du stress, activité physique, journées thématiques, formation à la pleine conscience. C’est utile, et rien de ce qui suit ne l’annule.

La prévention des risques psychosociaux, elle, agit sur le travail : elle corrige ce qui, dans l’organisation, fabrique de la détresse. Ce n’est pas la même cible. Un fruit dans la corbeille et une séance de yoga ne réparent pas une charge structurellement irréaliste, une microgestion permanente ou une injustice perçue dans les décisions. On peut multiplier les initiatives de mieux-être et laisser intacts les facteurs qui rendent malade. C’est même la configuration la plus fréquente.

Les cinq facteurs que la CNESST demande de regarder

La prévention des RPS commence par nommer précisément ce qu’on doit contrôler. La CNESST identifie cinq facteurs liés à l’organisation du travail, à considérer ensemble et non isolément :

  • Charge de travail : intensité, échéances, sentiment d’avoir trop à porter.
  • Autonomie décisionnelle : marge de manœuvre réelle, possibilité d’utiliser ses compétences, à l’inverse de la microgestion.
  • Reconnaissance : valorisation du travail accompli, feedback, équité perçue.
  • Soutien : qualité des relations, disponibilité du gestionnaire, appui dans la résolution des difficultés.
  • Justice organisationnelle : cohérence, transparence et équité des décisions et des règles.

À ces facteurs s’ajoutent des risques plus directement identifiables — harcèlement psychologique ou sexuel, violence au travail, exposition à un événement potentiellement traumatique. Le détail de ces catégories et de la démarche de prévention est développé dans risques psychosociaux : les identifier et les prévenir.

plus de 650 000

personnes en emploi au Québec vivent une détresse psychologique élevée liée au travail — soit environ 17 % des travailleurs — selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), à partir de l’Enquête québécoise sur la santé de la population (EQSP), 2014-2015. Les personnes exposées à trois facteurs psychosociaux ou plus ont une probabilité environ sept fois supérieure de vivre cette détresse.

Ce chiffre dit l’essentiel : la détresse en question est liée au travail, pas seulement au travailleur. Et l’effet de cumul — sept fois plus de risque à partir de trois facteurs — montre que ce sont bien les conditions d’organisation, empilées, qui font basculer. À l’échelle mondiale, l’OMS estime que la dépression et l’anxiété font perdre chaque année quelque 12 milliards de journées de travail. Le sujet n’est ni marginal ni abstrait.

Ce que « santé mentale au travail » ne veut pas dire

Clarifier une notion, c’est aussi écarter ce qu’elle n’est pas. « Prendre soin de la santé mentale au travail » ne signifie pas :

  • Devenir thérapeute de ses équipes. Un gestionnaire n’a pas à diagnostiquer ni à soigner. Son rôle est d’agir sur les conditions et d’orienter vers les bonnes ressources.
  • Se substituer aux soins. La prévention organisationnelle et le soin d’une personne en souffrance sont deux registres distincts, complémentaires, jamais interchangeables.
  • Prouver qu’on a « fait quelque chose ». Empiler des initiatives visibles sans toucher aux facteurs de fond donne bonne conscience sans réduire le risque.

La santé mentale au travail, correctement entendue, est d’abord une question de conditions : ce que l’organisation demande, comment elle décide, et l’état dans lequel ceux qui dirigent tiennent — ou lâchent — sous pression.

L’angle Ombodhi : réguler à la source, pas seulement documenter

Documenter un risque et le corriger à sa source sont deux gestes différents. Un programme de prévention, une politique affichée, une formation suivie : tout cela encadre le risque, le rend défendable en cas d’inspection, et c’est nécessaire. Mais un document ne fait pas disparaître une charge mal calibrée ni une culture d’urgence permanente. Il les rend traçables. Pas absents.

Le signal du leader

Les cinq facteurs organisationnels — charge, autonomie, reconnaissance, soutien, justice — ne tombent pas du ciel. Ils sont largement déterminés par la façon dont une direction décide, communique et régule sous pression. Un dirigeant dont le système nerveux est chroniquement en tension pilote depuis une forme de vigilance permanente, et son équipe reçoit ce signal avant qu’un mot soit prononcé. L’urgence se contamine ; la reconnaissance se raréfie quand celui qui devrait la donner est lui-même en dette de récupération. C’est ce qu’on pourrait appeler le signal du leader : l’état intérieur d’une direction devient, par ricochet, le climat de son organisation. Reconnaître ces signaux d’alerte au quotidien fait l’objet d’un article dédié : hypervigilance — reconnaître un système nerveux en alerte permanente.

De la conformité à la régulation

C’est ici qu’Ombodhi se distingue d’un module de formation. La formation agit sur les comportements et le mental — utile, mais fragile : sous pression réelle, on ne fait pas ce qu’on a appris, on fait ce que notre état permet. La régulation agit en amont, sur le circuit nerveux qui tient ou lâche au moment de décider. Un comportement ancré au niveau somatique demande de la répétition pour devenir un circuit stable, mais une fois consolidé, il tient là où un rappel de formation s’oublie. Ombodhi n’est ni un coaching, ni une thérapie, ni une formation : c’est une approche de leadership neurosomatique, qui travaille l’état qui précède la décision. La conformité protège l’organisation ; la régulation change la fréquence à laquelle elle fonctionne.

Par où commencer, concrètement

  1. Nommer l’objet. Distinguez explicitement, dans vos initiatives, ce qui relève du mieux-être (soutien aux personnes) et ce qui relève de la prévention des RPS (correction des conditions). Ne les confondez plus dans un même tableau de bord.
  2. Cartographier les cinq facteurs. Charge, autonomie, reconnaissance, soutien, justice : où votre organisation en génère-t-elle, où en désamorce-t-elle ? Un sondage anonyme donne des réponses plus honnêtes.
  3. Prioriser et documenter. Choisissez les mesures correctives, fixez un échéancier, consignez décisions et suivi — c’est ce qui rend la démarche défendable et vivante.
  4. Regarder plus haut que le document. Demandez-vous quels facteurs découlent directement de la manière dont la direction fonctionne sous pression. C’est souvent là que se trouve le levier le plus court.
Ressource : si vous, ou une personne de votre équipe, traversez une détresse psychologique, des ressources existent en tout temps au Québec. La ligne 988 (appel ou texto) offre un soutien en santé mentale et prévention du suicide ; Info-Social 811 oriente vers les services psychosociaux. En cas d’urgence vitale, composez le 9-1-1.

Questions fréquentes

Qu’entend-on par « santé mentale au travail » ?

La santé mentale, selon l’OMS, est un état de bien-être qui permet d’affronter le stress de la vie, de s’épanouir, d’apprendre et de travailler — pas la simple absence de trouble. Au travail, elle recouvre à la fois la capacité des personnes à fonctionner et la responsabilité de l’organisation d’agir sur les conditions (charge, autonomie, reconnaissance, soutien, justice) qui influencent cette santé.

Offrir un programme de mieux-être suffit-il à être conforme à la Loi 27 ?

Non. Le mieux-être (programme d’aide, ateliers, activité physique) soutient les personnes, mais la Loi 27 impose de prévenir les risques psychosociaux à leur source, c’est-à-dire de corriger les facteurs organisationnels qui génèrent la détresse. Ce sont deux logiques distinctes : la première aide à composer avec le risque, la seconde vise à le réduire.

Depuis quand la prévention des risques psychosociaux est-elle obligatoire au Québec ?

Le Règlement sur les mécanismes de prévention et de participation en établissement, qui concrétise le régime permanent de la Loi 27, est entré en vigueur le 1er octobre 2025 selon la CNESST. Depuis, toutes les organisations québécoises doivent intégrer les RPS à leur démarche de prévention, quelle que soit leur taille.

La santé mentale au travail est-elle une responsabilité individuelle ou organisationnelle ?

Les deux, mais le cadre légal québécois insiste sur la part organisationnelle. L’article 51 de la LSST oblige l’employeur à protéger l’intégrité physique et psychique du travailleur. L’organisation du travail produit de la santé mentale, en bien comme en mal : la réduire à la seule résilience individuelle méconnaît la loi et les données.

Documenter suffit-il à prévenir les risques psychosociaux ?

La documentation est nécessaire et rend la démarche défendable, mais elle encadre le risque sans le corriger. Les facteurs psychosociaux dépendent largement de la façon dont la direction décide et régule sous pression. La conformité documentaire est le point de départ, pas le point d’arrivée.

Clarifier, puis agir à la source

Ombodhi accompagne les dirigeants et les équipes de direction du Québec à relier la conformité RPS (cadre Loi 27 / CNESST) à un leadership neurosomatique incarné. Le point d’entrée est un diagnostic « Profil de leadership neurosomatique » : une conversation stratégique confidentielle, sans engagement, pour situer où votre organisation génère — ou désamorce — ses risques psychosociaux.

Lire : Loi 27 au Québec, ce que tout dirigeant doit savoir sur les RPS ›


Sources

AP

Alexandra Pouget

Mentor, auteure et facilitatrice, fondatrice d’Ombodhi (Sainte-Agathe-des-Monts, Québec). Plus de 20 ans de pratique d’accompagnement des dirigeants et des organisations. Autrice de L’homme qui respirait sous l’eau (2025) et conceptrice de l’approche de leadership neurosomatique AMPLIFY™.

ombodhi.ca

Cet article informe sur la notion de santé mentale au travail et sur le cadre réglementaire québécois en matière de risques psychosociaux ; il ne constitue pas un avis juridique. Les obligations précises applicables à votre organisation dépendent de votre situation ; consultez la CNESST ou un conseiller juridique. Ombodhi propose une démarche de mieux-être et de leadership neurosomatique ; il ne s’agit ni d’un service de thérapie, ni d’un soin médical, ni d’un substitut à un suivi de santé.